Pour surfer sur la tendance, j’ai eu une idée amusante afin d’ironiser un peu sur l’actualité du moment. J’ai préparé un petit duel entre la Gauche et la Droite, pas celles des partis politiques, mais celle de la région Bordelaise. De part et d’autre de la Garonne et de l’estuaire de la Gironde, on distingue deux grandes régions à Bordeaux. La rive Gauche d’un côté, avec ses vins à dominante de Cabernet-Sauvignon, et la rive Droite de l’autre avec des vins composés en majorité de Merlot.
Pour animer ce duel j’ai choisi 2 vins, le premier, le Château Potensac 2004 en AOC Médoc, vinifié par l’équipe du célèbre Château Léoville Las Cases à St Julien, estampillé Cru Bourgeois exceptionnel…respect. Et le deuxième candidat, le Château Mayne Guyon 2007 en appellation Premières Côtes de Blaye, qui est selon le guide hachette avec 3 étoiles au compteur, je cite :
« un vin tout simplement exceptionnel »
Du lourd en perspective à en croire le pedigree des prétendants…
Je commence par le plus jeune, le Château Mayne Guyon 2007, 7€ environ qui ne fait pas cher payer sa critique élogieuse, assez rare pour le souligner. Composé de 80% de Merlot et 20% de Cabernet-Sauvignon. Le nez est plutôt sur le fruit, pas de boisé outrageux malgré ses 15 mois d’élevage en barriques et sa jeunesse. Malgré un bon début, le vin déçoit par son agressivité, son amertume et sa puissance. Un peu de fruit dans tout ça mais ça ne suffit pas à le rendre agréable. Pas très intéressant tout ça, je passe immédiatement au second candidat en espérant trouver mon bonheur.
Pour le Château Potensac 2004, comptez environ 20€…la renommée ça se paye même pour un simple médoc. Composé de Cabernet-Sauvignon, Merlot et Cabernet-Franc, et élevé en barrique pendant 16 mois. Un vin plus sage avec ses quelques années supplémentaires, avec un nez discret et délicatement boisé, sur des notes de sous bois. En bouche on est à l’opposé du vin précédent, avec de la finesse, la puissance est là mais plutôt bien balancé, sans l’agressivité du candidat de droite.
Pour ce premier tour je penche largement à gauche, mais pour faire les choses dans les règles j’organise un second tour dès le lendemain. Et là surprise, pas de miracle, bien au contraire. Le vin de droite n’a pas changé, au moins ça c’est réglé. Mais malheureusement mon préféré de la veille se prend à imiter son adversaire en perdant toute sa finesse et faisant ressortir toute sa puissance et ses tanins.
Déception totale pour Mayne Guyon qui m’avait vendu du rêve avec sa belle critique, et pour Potensac qui se disperse dès le lendemain malgré son statut de cru Bourgeois exceptionnel et ses 20€. Une élection ratée pour le coup, personne n’aura été au rendez-vous, c’est bien dommage. Vote blanc assuré !!!
PS : je vous rappelle que ceci est une fiction et que toute ressemblance avec des personnalités connues ne serait que pur hasard.



Bonjour,
très rigolo ce comparatif rive droite /rive gauche des vins de Bordeaux. En tant que producteur, je peux vous dire que cet une guerre historique entre les deux rives ! Il faut revenir plusieurs siècles en arrière pour comprendre : il fut un temps où le commerce du vin faisait vivre toute la région, notamment la ville de Bordeaux mais aussi tous les petits villages des rives de la Garonne et la Dordogne.
Il était alors stratégique pour un village d’avoir un port afin d’embarquer les barriques de vins sur les gabares et de débarquer les tonneaux vides. Or, un village qui avait un port et un quai surtout, je pense à Saint Macaire pour la petite histoire, faisait payer une taxe pour embarquer du vin. D’où l’intérêt économique, ce qui créa des jalousies entre villages et surtout entre les rives. Car des batailles furent organiser pour conquérir des ports !
Pour la petite histoire de Saint Macaire, le village a longtemps galérer pour avoir son quai, et donc son port. Les travaux ont trainé par manque de finance, puis une ile s’est installé devant la construction du quai, amenant avec elle des hauts fonds. La question est alors posée : continuer les travaux et draguer un canal ou déplacer le port. Le dragage est retenu, mais plus tard le lit de la Garonne se déplace, et donc le projet du port aussi. Le temps de finir les travaux, le train est arrivé avec sa voix ferrée, faisant un pied de nez aux caprices du fleuve. Vous avez compris que les vignerons se sont tournés vers le train, laissant aux oubliettes leurs port !
Merci pour votre commentaire et ces précisions historiques…
D’ailleurs la navigation vers Bordeaux a longtemps était un privilège réservé au viticulteurs Bordelais. Au 13éme siècle ils ont acquis « le privilège Bordelais » qui leurs permettaient de vendre leurs vins sereinement, car en effet, les vin du haut pays (je pense en particulier au Vin de Cahors, redoutable concurrent du Bordeaux à l’époque) ne pouvaient entrer dans le port de Bordeaux qu’a partir de Nöel, période où la navigation était très difficile. Ce Privilège Bordelais n’a d’ailleurs été aboli qu’en 1773 par Louis XVI.
Sans cela, Cahors serait peut être la star des vins Français, qui sait?